10.04.2026
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Haïti – Insécurité: Arrestation et exposition publique : quand la lutte contre les gangs menace la présomption d’innocence et les droits de l’enfant

  • février 27, 2026
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L’arrestation de Daphnée Aspil, mère de deux enfants du journaliste Harold Domond, par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), met en lumière des dérives préoccupantes dans

L’arrestation de Daphnée Aspil, mère de deux enfants du journaliste Harold Domond, par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), met en lumière des dérives préoccupantes dans la communication publique des affaires pénales en Haïti. Présentée comme liée « présumément » à des gangs, cette arrestation s’est déroulée sans qu’aucune décision judiciaire n’ait été rendue publiquement, fragilisant la présomption d’innocence.

Arestation ≠ culpabilité

La présomption d’innocence est un principe fondamental de l’État de droit. La divulgation publique d’arrestations, accompagnée de soupçons non prouvés, expose les individus à une condamnation sociale avant tout jugement. Dans ce contexte, la frontière entre sécurité et justice s’efface dangereusement.

Stigmatisation sociale et dérive narrative

Le traitement médiatique de l’affaire met en avant la vie privée de Daphnée Aspil : commerce de vêtements, gestion d’un club, et pratique religieuse vodou. Ces éléments, sans lien direct établi avec des activités criminelles, créent un amalgame social et culturel, renforçant des préjugés injustifiés et détournant l’attention de l’enquête elle-même.

Les enfants, victimes collatérales

Les enfants concernés, Elisabeth (14 ans) et Georges (4 ans), subissent les conséquences directes de cette exposition. Entre interrogations répétées, pressions scolaires et perturbation de leur quotidien, leur bien-être est gravement affecté. La Convention relative aux droits de l’enfant impose à l’État et aux médias un devoir renforcé de protection des mineurs, qui ici semble être ignoré.

Responsabilité partagée des autorités et des médias

La lutte contre les gangs est une nécessité nationale, mais elle ne justifie pas une communication publique précipitée ou sensationnaliste. Les autorités doivent faire preuve de retenue et distinguer clairement entre enquêtes en cours et faits établis. Les médias, dont Haiti Standard, ont le devoir éthique d’informer sans nuire et de protéger les personnes vulnérables, notamment les enfants.

Sécurité durable et respect des droits humains

Ce dossier illustre un dilemme crucial : concilier la sécurité avec le respect des droits humains. Sacrifier la présomption d’innocence et la protection de l’enfance au nom de l’urgence sécuritaire affaiblit l’État et menace la cohésion sociale. Une lutte efficace contre l’insécurité repose sur des enquêtes rigoureuses, des procédures équitables et une justice respectueuse de la dignité humaine.

Les organisations de la société civile sont appelées à rester vigilantes, défendre les droits fondamentaux et rappeler que la protection des enfants et le respect de la justice ne peuvent être compromis, même dans un contexte de crise sécuritaire.

Le reporter JBA

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