10.04.2026
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Éditorial : Quand la foi devient un raccourci vers le pouvoir

  • mars 22, 2026
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Éditorial : Quand la foi devient un raccourci vers le pouvoir Il ne s’agit plus de rumeurs.Les ambitions sont désormais affichées, assumées, revendiquées. Pierre André Muscadin pour la

Éditorial : Quand la foi devient un raccourci vers le pouvoir

Il ne s’agit plus de rumeurs.
Les ambitions sont désormais affichées, assumées, revendiquées.

Pierre André Muscadin pour la présidence.
Mackenson Dorilas pour le Sénat.

Ainsi se dessine, sans gêne, une nouvelle configuration du pouvoir où la frontière entre foi et politique est délibérément effacée.

Mais il faut avoir le courage de le dire :
ce glissement est dangereux.

Dans un pays en crise profonde, où l’État peine à exister et où la population s’accroche à la moindre lueur d’espoir, instrumentaliser la religion pour accéder au pouvoir n’est pas un acte anodin — c’est une stratégie.

Car derrière ces annonces, une question fondamentale demeure :
sommes-nous face à un projet politique… ou à une mise en scène spirituelle ?

Lorsque Pierre André Muscadin capitalise sur son image d’homme fort pour viser la magistrature suprême, et que Mackenson Dorilas mobilise son aura religieuse pour prétendre au Sénat, il ne s’agit plus simplement d’engagement citoyen.

Il s’agit d’un usage assumé de l’influence — judiciaire pour l’un, spirituelle pour l’autre — afin de bâtir un pouvoir politique.

Et c’est là que réside le problème.

Dans une société où la parole religieuse a un poids immense, où le “Dieu a dit” peut réduire au silence toute contradiction, ce type de démarche crée un déséquilibre profond.

Comment débattre face à quelqu’un qui se présente comme investi d’une mission ?
Comment contester sans être accusé d’aller contre la volonté divine ?

Ce mélange des genres n’élève pas le débat — il l’étouffe.

Il ne renforce pas la démocratie — il la fragilise.

Haïti n’a pas besoin de figures hybrides, mi-politiques, mi-prophétiques, qui brouillent les repères.
Nous avons besoin de clarté, de séparation, de responsabilité.

La foi doit inspirer les consciences, pas diriger les institutions.

Car dès l’instant où elle devient un outil de conquête du pouvoir,
elle cesse d’être une force morale pour devenir un levier de domination.

Et l’histoire nous a déjà appris, à plusieurs reprises,
que les “hommes providentiels” sont souvent ceux qui laissent les plus lourdes cicatrices.

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